Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /Juin /2009 15:36
Bonjour à tous,

Je dispose désormais d'un blog pro, sur lequel je présente divers aspects de la vie de ma société roumaine de création de sites internet et développement d'applications sur mesure, Transycons SRL.

J'y publie également régulierement des posts sur la situation économique générale en Roumanie, et bien au delà, car la situation mondiale et européenne impacte directement celle de la Roumanie.

Le dernier post à ce sujet remonte d'ailleurs a hier :-)

www.transycons.com/blog

Bonne lecture !  :-)

Nicolas de Castelnau
Par Curnau
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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 21:01

3 - Germes de crise bancaire


La Roumanie semble encore relativement épargnée par la propagation, certes progressive, de la crise financière. L'ensemble des intervenants, qu'ils soient politiques ou banquiers, se félicitent de la solidité du secteur bancaire du pays. Si ces dernières semaines certains établissements, comme BCR ou Banca Transilvania ont réussi à accroitre leurs financements de long terme, et en dépit de quelques bruits souvent malveillants, il n'y a pas eu de panique des déposants, dans un contexte ou de toute manière bien peu de déposants disposent d'économie dépassant le plafond de garantie de 50 000 € placés dans une banque donnée.


A noter aussi que la Roumanie n'a pas eu vraiment le temps de connaître les produits « toxiques » ; si les roumains se sont beaucoup impliqués sur le marché de l'immobilier, qu'intuitivement ils comprenaient, ou estimaient comprendre dans une logique paysanne qui a progressivement dérapé, ils ont assez peu utilisé le marché des produits financiers à terme, (notamment les devises), situé à Sibiu, y compris d'ailleurs les acteurs auxquels ils étaient à la base destinés, a savoir les sociétés exportatrices encaissant des devises et supportant des coûts en lei, ceci alors même que les variations du leu au fil du temps ont été loin d'être anecdotiques... ( il n'est pas rare que la monnaie varie de plus de 20 % sur un an par rapport à l'Euro... ce qui est d'ailleurs un des facteurs poussant à la hausse des marges de vente, par « précaution »...)


Mieux, la banque centrale, îlot remarqué et remarquable de sérieux et de professionnalisme, luttait depuis plusieurs années contre un emballement du crédit qui accentue les déséquilibres externes, pour contrebalancer de politique budgétaire excessivement accommodante vu le contexte.


Juste avant la crise financière, elle venait de donner un nouveau coup de frein en durcissant les normes du crédit, à un moment ou les prêts immobiliers hypothécaires donnaient de nouveaux signes de surchauffe, en raisons notamment de l'envolée considérable des prix.


Et fin Octobre la même banque centrale a repoussé avec succès une attaque de spéculateurs internationaux . Les « spéculateurs », mais aussi les investisseurs sont désormais prévenus ; en Roumanie beaucoup plus qu'ailleurs la puissance publique intervient pour « réguler » des marchés, selon des règles et principes connus d'elle seule... ce « succès » à court terme dans la défense du leu, qui ne fait selon certains que retarder les ajustements nécessaire, sera t'il durable ?


Pour l'instant, la monnaie locale, le Leu, se tient d'ailleurs remarquablement depuis le début de la crise, il résiste mieux que les monnaies de pays pourtant sur la papier plus avancés, comme la Pologne, ou surtout le Hongrie, qui a un temps été au cœur du cyclone.


Le réserves de la banque centrales, péniblement constituées, représentent de l'ordre de 20 milliards d'Euro, ce qui constitue un matelas de sécurité conséquent en cas d'attaques, même si le récent exemple russe montre que même un matelas très confortable de devises n'est pas forcément suffisant en cas de perte brutale de confiance...


Mouvement prévu dès avant la crise, la banque centrale roumaine est passée récemment et nettement créditeur net sur le marché interbancaire, alors que ce marché abondait jusqu'à il y a peu en liquidé que cette banque centrale devait s'efforcer de stériliser.

Très précisément, sur le seul mois d'octobre 2008 les banques de Roumanie ont emprunté en Lei l'équivalent de 13,3 Milliards d'Euro à la banque centrale, (cumul des emprunts journaliers) ce qui illustre la brutalité du retournement. Les banques refusant de se prêter entre elles, certaines ont emprunté au jour le jour à la banque centrale au taux (lombard) de 14,25 %, tandis que d'autres y plaçaient leurs excédents de liquidités rémunérées à seulement 6,25 % par an...).

Et de fait, si les banques semblent faire bonne figure, c'est qu'elle semblent ne plus prêter, ni à l'économie réelle, ni aux autres banques... et face à beaucoup de pays, les politiques et l'administration semblent étonnamment passifs, spectateurs face aux autres pays, alors qu'il a été montré que dans des crises de ce genre la solution vient d'une action rapide, puissante et marquante pour les esprits.


Intrinsèquement, le système bancaire de Roumanie présente plusieurs faiblesses très inquiétantes pour l'avenir du pays.


La première est qu'il n'existe quasiment plus de banque roumaines, à quelques exceptions près, notamment la CEC, la Caisse d'Economie et Consignations (Publique) qui possède un réseau très développé en zone rurale, et la Banca Transilvania, privée, dont la BERD compte parmi les principaux actionnaires. Pour le reste, les établissements sont des banques qui ont été rachetées, ou crées de toute pièces par des banques étrangères.

Plus précisément, sur les 42 institutions financières du pays, 36 ont un capital majoritairement étranger, et près de 88 % des actifs du système bancaire roumain sont détenue par des institutions à capital majoritairement étranger.

Ceci est peut être une des raisons de l'inertie des politiques face au crédit crunch en cours...


Dans un pays ou la valeur des prêts dépassent de plus de 30 % le montant de l'épargne placée en banque, cela signifie que les prêts des banques locales ont été très largement financés par leurs maisons mères étrangères, attirées un temps par les rendements très supérieurs à ceux des marchés occidentaux.

Or dans un contexte mondial de ruée vers la liquidité, les maisons mères, (qui ont fourni 90 % des passifs externes des banques roumaines, soit 25,11 milliards d'Euro à fin octobre), et qui actuellement ont assez à faire avec leurs propres problèmes domestiques, sont enclines à ne plus accorder de nouvelles lignes de financement à leurs filiales roumaines. Pour l'instant il n'y a pas eu de panique, les lignes de financement existantes n'ont pas été retirées, il aurait d'ailleurs été très dangereux de le faire.


Cependant, il est peu probables que de nouvelles lignes de financement soient ouvertes (les financements sont plutôt venus d'institutions financières de la sphère publique, comme par exemple la BERD auprès de Banca Transilvania) et les signes de nervosité se multiplient ; de plus, sur les sources de financement provenant des maisons mères, 41 % sont des financements à court terme, lesquels ont de bonne chances de ne pas être renouvelés...


L'ajustement est donc déjà brutal, et un conseiller du gouverneur de la banque centrale a critiqué récemment le fait que des banques qui rémunèrent des dépôts à 9-10 % se soient mises à prêter autour de 30-35 %, en se demandant quelles « conditions particulières » pouvaient conduire ces banques à appliquer un coefficient de 4...


Certaines banques ont même proposé à leurs clients qui remboursaient par anticipation leur crédit, de ne pas payer les « pénalités de remboursement anticipé », ce qui, quand on connait les banques roumaines et leur créativité dans le domaine des commissions et frais annexes, est une petite révolution... et donne une idée de leur soif de cash, comme l'illustre aussi leur volume de demandes à la banque centrale


Face à cela, les banques ont ajusté brutalement leurs prêts à l'économie réelle. L'effet ne s'est pas fait sentir immédiatement, car en septembre avait eu lieu une ruée vers les crédits immobilier avant l'entrée en vigueur du durcissement des condition de crédits imposé par la banque centrale à la banque commerciale. (Et il existe un peu d'inertie pour que soient dépenses la valeur des prêts accordés... )


Les banques accusent d'ailleurs les restrictions de la banque centrale sur les conditions d'accord de prêts d'être à l'origine de l'effondrement du crédit, mais un examen attentif révèle que bien souvent leurs conditions pour accorder des crédits sont encore devenues plus sévères que ce que la banque centrale leur demande d'appliquer. Il existe aussi des cas d'anciens programme d'économie et crédit immobilier abondés par l'Etat ou il est clair que ce sont les banques qui trainent les pieds et gagnent du temps pour éviter au maximum d'accorder des crédits.


Les banques ont donc largement fermé le robinet du crédit...


Or dans ce contexte apparaît une deuxième faiblesse ; les réseaux bancaires deviennent brutalement surdimensionnés ;

Jusqu'à présent les banques ont conduit une expansion forcenée de leur réseau, (notamment dans les villes, et spécialement les centres au travers d'une véritable « colonisation »), le but étant de gagner des parts de marché, ou au moins de placer en masse des crédits en quadrillant les villes d'un maximum d'agences bancaires, quitte à payer des loyers astronomiques...

A fin septembre 2008, le crédit non gouvernemental avait ainsi augmenté de 50,5 % sur les 12 derniers mois ! ... à fin octobre on est déjà plus qu'à 44,8 % de progression...


Mais avec des banques n'osant plus accorder des crédits, c'est leur infrastructure coûteuse de 6500 agences succursales et 71 500 salariés (très bien payés par rapport à la moyenne nationale, les banques s'étant battues pour les recruter) qui risque de représenter une charge fixe désormais disproportionnée par rapport aux nouveaux revenus générés...


3 – Les banques risquent d'étrangler leurs propres clients... au risque de voir fondre en retour la valeur de leurs garanties, notamment immobilières...


Pourtant, les statistiques ne sont pas encore trop inquiétantes ; près des ¾ des retards de paiement portent sur des crédits de moins de 20 000 RON (env 6000 €), lesquels représentent moins du quart des crédits accordés à la population.

Au total, la somme des retards de paiement dépassant les 90 jours se monte a 182 millions de lei, niveau qui commence a être inquiétant selon la banque centrale, ceci alors que l'économie amorce à peine son retournement.

A vrai dire, les statistiques sont une sorte de rétroviseur donnant une vision souvent déjà périmée vu la vitesse à laquelle la crise se propage...


Il est de toute façon plus acceptable pour les emprunteurs de faire défaut sur un crédit à la consommation que sur un crédit immobilier, surtout tant que le niveau des prix de l'immobilier est d'autant moins clair que le marché est bloqué, la chute des prix n'étant pas encore avérée pour les propriétaires.


Il existe par ailleurs des effets multiplicateurs à la crise ; en effet, les banques, tout à leur désir de gagner des parts de marché, ont adopté une approche optimiste des revenus des emprunteurs, acceptant parfois des taux d'endettement allant jusqu'à 70 % du revenu disponible. Comme aux Etats Unis, (bien que dans des proportions plus modestes) a été adopté le principe des taux fixes et ou promotionnels les deux premières années du crédit, et seulement ensuite les taux devenaient variable, et les mensualités avaient tendance à augmenter sensiblement. Et Ici aussi les apports des accédant à la propriété pouvaient être très limités...

Dans un sens les banques ne prenaient pas de risques sur les crédit accordés, car bénéficiant d'hypothèques. Mais que se passera t'il si les saisies se multiplient sur des appartements achetés au plus haut... pour faire face à leurs propres échéances les banques devront vendre, aggravant la plongée du marché... à l'américaine...


Le fait que beaucoup de crédits soient libellés en devise étrangères est un autre risque, car en cas de forte dépréciation du leu, lequel n'est absolument pas à exclure en ces temps très troublés, le montant des remboursements libellés en Leu risquent d'exploser...


Consciente des problème, les banques ne prêtent plus guère, sur le long terme, et préfèrent prêter en lei ; elle imposent des conditions qui sont de toute façon dissuasives, on ne trouve plus guère de prêts immobilier à taux fixe ( petits nouveaux sur le marché immobilier) à moins de 20 % par an...


Le problème, c'est qu'en agissant ainsi, elles coupent la branche sur laquelle elles sont assise ; en effet les banques ont non seulement beaucoup prêté à ceux qui voulaient acheter des logements, mais aussi à ceux qui les construisaient. Comme détaillé plus haut, l'immobilier a connu ces dernière année une vraie explosion, les taux de profit arrivant couramment à 100 % sur cette activité. Sont apparues diverses sociétés et structures de construction, souvent peu capitalisées, et les banques ont généreusement prêté sur la base de business plans imbattables en période de croissance et d'explosion des prix de vente.


Mais maintenant... tout le monde attend, non seulement parce que les banques ne prêtent plus... mais aussi parce que les entreprises et ménages, effrayés, attendent de voir et combien et jusqu'où les prix vont baisser... ceci d'autant plus que la crainte du chômage, étayée par l'annonce quotidienne de vagues de licenciement ou mise en chômage technique, refroidit fortement la prise d'initiatives...


Les banques envisagent de se réorienter vers d'autres activités, notamment les entreprises... mais celles ci sont aussi largement en difficulté ;

Rançon des deux dernières « années folles », ou les salaires ont augmenté sensiblement plus vite que productivité, d'une inflation de l'ordre du double de celle de l'UE sur ces 5 dernières années (et bien plus encore auparavant), et aussi d'une politique de monnaie forte (comme souvent les grands «équilibres macroéconomiques ont éclipsé l'impératif de la santé du tissus productif au niveau des sociétés), tout ceci combiné à brutalement dégradé leurs marges, mais au moins jusqu'à présent le volume des vente était porté par la forte croissance... or comme la trésorerie des entreprises a été en plus asphyxiée par le ralentissement économique de ces dernières semaines, induisant une augmentation du besoin en fonds de roulement, lequel a été couplé à un brutal allongement des délais de paiement inter-entreprises... les entreprises tirent la langue, c'est très visible sur les budget communication par exemple, largement sabrés...


Résultat, les entreprises prennent du retard dans leurs paiements, et n'arrivant même pas à assumer leurs obligations vis a vis de l'état et des organismes de protection sociale, elles se retournent donc vers les banques, guère enthousiaste en voyant qu'on leur demande de financer... mais dans un tel contexte, avec zéro visibilité, quelles sont les entreprises qui se lanceraient dans des projets d'investissement ambitieux, sauf cas bien particuliers des financements européens ?


Au final le système bancaire est spectateur et victime d'un effet de ciseaux multiples ;


Les ménage qui se sont endettés et ont emprunté en ayant confiance dans la progression rapide et importante de leurs futurs revenus se retrouvent confrontés à (au mieux) un brutal blocage des salaire, et à l'explosion du chômage dans un pays ou le filet social de protection est encore très lâche...


Les sociétés veulent surtout emprunter pour faire face aux obligations courantes, ce qui n'offre pas de garanties très séduisantes.


L'Etat emprunte de plus, mais la aussi c'est surtout pour couvrir les dépenses courantes, et c'est autant d'argent en moins pour l'économie réelle...


Dans un tel scénario à tendance récessive, qui pourrait devenir dépressif, de nombreux pays, tirant les leçons des crises précédentes, ont compris qu'il fallait une intervention rapide, massive, mais bien ciblée, pour sortir les économies de l'ornière tant économique que psychologique, tant il est vrai que l'économie incorpore beaucoup de psychologie, le gouverneur de la banque centrale roumaine ayant par ailleurs noté qu'au plus fort de la crise financière, c'étaient les roumains qui avaient été les plus paniqués de tous les pays d'Europe de l'Est...


Comme on l'a observé partout, les interventions visant à enrayer la spirale de crise sont venues des Etats. Or ici plus qu'ailleurs, l'Etat semble très mal armé pour faire face aux menaces générées par la première récession mondiale depuis 80 ans.


Crise de l'Etat.


Si la Roumanie a emprunté beaucoup de choses à la France, on y trouve pas, au moins à ma connaissance, un système de formation équivalent au système français de formation de la haute fonction publique. (un des leader politiques actuels, Mircea Geoana, à d'ailleurs été formé à l'ENA...)


D'omniprésente au temps du communisme, la fonction publique est passée par une longue période de paupérisation, qui a entrainé le départ des meilleurs éléments vers le secteur privé, et a été durablement dans l'incapacité d'attirer les jeunes les plus valables.

Pourtant, au cours des années 2000, des efforts importants ont été entrepris pour revaloriser progressivement les salaires des fonctionnaires, grâce aux recettes générées par une croissance robuste, au point que bien souvent, les salaires du publics sont devenus supérieurs à ceux du privé, au moins sur le papier...


Certes, en l'absence en plus de grilles de salaires cohérentes couvrant l'ensemble de la fonction publique, des écarts importants existent au sein de la fonction publique, les professions médicales et de l'enseignement étant depuis longtemps notoirement défavorisées.. les nantis se cachant derrière les moins favorisés pour demander « toujours plus » de salaires et avantages pour les fonctionnaires.


Pourtant, en dépit de signes encourageants a partir du milieu des années 2000, le rajeunissement et le changement de mentalités de l'administration paraît lent et difficiles. Des jeunes diplômés, ayant étudié à l'étranger grâce à des bourses confortable de l'Etat roumain, se plaignent à leur retour qu'on ne leur propose aucun poste correspondant à ce qu'ils pourraient apporter.

De plus, les notions de productivité et d'efficacité semble encore assez éloignées des préoccupation de l'administration, au point que l'important effort salarial semble avoir été largement réalisé à fonds perdus...


En Roumanie, plus que l'administration, ce sont les politiques qui ont le pouvoir, ceux ci (parlementaires) étant d'ailleurs souvent issus de milieux économiques, de sorte que la frontière entre le politique et l'économique est beaucoup plus ténue qu'ailleurs, avec les risques que cela comporte au niveau de la corruption.


Petit retour en arrière ; le parti social démocrate (la version repeinte en rose de l'ancien parti unique) a été en gros au pouvoir jusqu'au 1996, et n'a fait que peu de réformes. A ensuite été au pouvoir une coalition très instable de partis centristes qui n'ont guère fait plus, amenant la Roumanie au bord de l'impossibilité d'honorer ses obligations financières internationales, débouchant sur une grave récession économique et l'arrivée d'une premier ministre « technocrate », le gouverneur de la banque centrale, qui évita au pays et à la population de connaître, comme en Bulgarie voisine, une véritable dépression et un appauvrissement trop considérable.

Retour des sociaux démocrates en 2000, emmenés par un premier ministre « moderniste » qui mènera des reformes prudentes mais décisives pour obtenir le retour de la croissance et l'entrée de la Roumanie dans l'OTAN.

Battu a juste raison sur le thème de la corruption, il laisse la place à une coalition de centre droit, dont la réforme phare est la mise en place d'un impôt à taux fixe (16 %) qui va notamment fortement stimuler la consommation... et donc la croissance. Des dissensions apparaissent rapidement au sommet de l'Etat, et le pays reste dirigé par un gouvernement libéral / minorité hongroise minoritaire, avec l'appui discret et « coûteux » de l'opposition social démocrate.


Aujourd'hui les élections parlementaires laissent en première position, quasiment à égalité, deux partis probablement irréconciliable, un de gauche (PSD) et l'autre de droite (PDL), aucun ne disposant de majorité nécessaire, ni même d'alliance préétablie.

C'est le parti libéral, (PNL) qui a gouverné quatre ans et qui est arrive troisième, qui détient la clé de la majorité. Idéologiquement ce parti semble beaucoup plus proches du PD-L, parti de droite du président, mais de solides rancunes personnelles, très liées au tempérament d'opposant permanent du président et à sa difficulté à être durablement dans une logique d'alliance, plus des défections du PNL partis vers le PDL, sont un réel obstacle.

A contrario, il existe diverses « passerelles », à savoir relations personnelles, entre le PNL et le PSD.


Reste que les programmes sont différents ; Le PNL comme le PD ont insisté sur le maintient de l'impôt forfaitaire a 16 %, pendant que le PSD, qui a beaucoup promis et séduit surtout les classes les plus modestes, va devoir trouver des moyens nouveaux de financement, à un moment ou l'Etat peine déjà à faire face à ses obligations courantes, au sortir d'une année électorale qui a vu l'augmentation des salaires dus secteur public, des retraites, et de nombreuses autres dépenses. L'état emprunte y compris à court terme, et on commence à entrevoir à nouveau la plaie des année noire, a savoir des retards dans le paiement des salaires et des retraites...


Il semble de plus en plus probable que le pays soit gouverné par des majorités instables, des gouvernements fragiles, voire minoritaire, ne pouvant guère réagir sans négocier pied à pied, ce qui est spécialement pénalisant en période de crise ou l'intérêt du pays doit primer sur la démagogie budgétaire et les querelles de personnes...


La situation est d'autant plus désagréable que le pays sort d'une période de très forte croissance, et donc d'explosion des recettes fiscales, et que la part des prélèvements publics dans le PIB a cru d'à peine plus de 30 % il y a quelques année a plus de 37 % prévus pour 2008... si tout va bien... ce qui, comparé aux « services » disponible en Roumanie semble déjà fort élevé...

En période de vaches grasses, on frise déjà les 3 % du PIB de déficit public... et la période de vaches maigres promet d'être dure ;


Si on se penche sur les investissements étrangers, en forte hausse ces dernières années, de plus en plus en openfield (mise en place d'unités à partir de 0, les rares fleurons ayant été vendus), ce dont le pays s'est régulièrement félicité, si on enlève ceux destinés à la distribution et à l'immobilier, qui créent peu de richesses / capacités de production durables, mais au contraire encouragent l'importation, ce qui reste de l'économie n'est assurément pas capable, par ses exports en période de crise, d'équilibrer les comptes extérieurs, ce qui va rendre très difficile de financer un déficit budgétaire (de relance) important...

Ceci d'autant plus que les sociétés étrangères, dont la part frôle désormais les 40 % du PIB, et qui ont beaucoup investi, favorisant d'ailleurs au départ les importations, mais qui jusqu'à présent réinvestissaient leurs profits locaux sur place, semblent pour beaucoup, crise oblige, être tentées par le rapatriement de leurs profits, ce qui constitue une source de plus d'hémorragie de devises.


Certes la dette publique ne représente elle qu'un peu moins de 20 points de PIB, mais la dégradation toute récente par les agences d'évaluation Standard and Poors et Fitch de la note de l'Etat Roumain qui vient de retomber dans la catégorie spéculative (beaucoup plus pour des motifs subjectifs, à savoir l'irresponsabilité de la majorité de la classe politique, qu'objectifs, l'économie roumaine faisant encore bonne figure face à celle de ses voisines immédiates) limite fortement les recours massifs aux marchés de capitaux... en une année ou le marché considère que le risque de défaut de paiement de l'administration américaine elle même a été multiplié par plus de quatre...

Pour l'avenir, les banques roumaines sont priées d'avoir des titres d'Etat en portefeuille pour pouvoir re-financer leurs besoins quotidiens de liquidité... le message et clair...


Les partis au pouvoir jusqu'à présent (PNL et UDMR, minorité hongroise), étaient souvent considérés comme les plus « raisonnable », voire technocrates du spectre politique, et pourtant, loin d'une programmation budgétaire pluriannuelle, le pays voyait se succéder en une même année diverses rectifications budgétaire... donc faible sérieux et crédibilité...


Si tout le spectre politique soutient une adhésion rapide à l'Euro, prévu officiellement « si tout va bien » en 2014, ce soutien est simplement formel, et la traduction politique est difficile à discerner... la banque centrale multiplie efforts et mises en garde, mais elle ne dispose pas du levier budgétaire et fiscal, et sans coordination avec ces domaines, les efforts purement « monétaires » sont condamnés, voire dangereux...

L'année 2009 sera une nouvelle année électorale, (présidentielle), avec ce que cela implique en risques de surenchères et disputes politiques, dépenses intéressées, etc...


Les programmes des partis pour faire face à la crise sont peu clairs, les électeurs sont sans illusions sur les capacités de leur classe politique, comme en témoigne le déclin continu de la participation électorale, en dépit d'un effort louable, mais partiel, avec l'introduction du système uninominal (mais le système ne favorisant pas les candidatures « dissidentes », hors des grands partis, avec la nécessité de fait d'obtenir 50 % des voix d'une circonscription dès le premier tour, le dernier mot restera sans doute aux partis politiques...)


Que peut faire le nouveau gouvernement ? Le premier ministre sortant a fort bien fait remarqué que, la Roumanie ne possédant que peut de capitalisme national, les leviers d'influence sont forcément beaucoup plus limités.

Les pressions possibles sur les banques ne sont pas comparables à celles qui sont possibles en Europe de l'Ouest, alors que même la bas les pressions d'exécutifs très volontaristes (et des contrôles associés) se heurtent à des résistances qui provoquent des frictions.


Surtout, il n'y a pas de vision cohérente sur le rôle que doit jouer l'état, ni prise de conscience de la faiblesse des marges de manœuvre, à un moment ou Moody's a déjà pronostiqué une récession en Roumanie en 2009 (on ne parlerait plus d'atterrissage, mais de crash.. ces prévisions sont sans soutes exagérées, mais elles illustrent la vitesse du retournement...), ou les investissements étrangers semblent gelés, et ou aussi un grand nombre d'expatriés roumains d'Espagne et d'Italie, devenus sans emploi du fait de la chute de la construction, et ayant déjà renvoyé leurs enfants au pays, s'apprêtent à rentrer, diminuant d'autant les transferts de revenus qui permettaient jusqu'à présent de tenir à flots la balance des paiements du pays.

Un pays qui a un déficit extérieur équivalent à 14 % de son PIB devrait au moins se préparer à s'ajuster...


Une augmentation de la TVA permettrait sans doute de freiner les importations en limitant – encore plus – la consommation, mais elle est par nature antisociale, et impopulaire...


Une augmentation des impôts n'est pas a exclure, mais elle toucherait durement l'économie et le système productif déjà affectés...


Dans tous cas l'augmentation de la fiscalité aura des effets procycliques marqués, et risque de se traduire par une forte re-augmentation de l'économie grise ou noire... ceci d'autant plus qu'un des facteurs de sa baisse récente, (avec la baisse de de la fiscalité), à savoir le désir d'avoir des salaires déclarés importants pour pouvoir recourir au crédit, disparaît avec la forte hausse du niveau de prudence des banques... (le crédit sera désormais pour beaucoup inaccessible quoi qu'il arrive, pour le cas ou ils voudraient encore tenter leur chance...)


A l'inverse, sur la partie dépenses / relance, il est difficile d'augmenter encore les dépenses courantes (salaires, retraites), lesquelles se transforment en déficits budgétaires et extérieurs.


Relancer les travaux d'infrastructures (celles-ci manquant toujours cruellement) est sans doute une bonne idée, avec un fort effet d'entrainement sur le reste de l'économie, mais le temps que les projets se mettent en place, vu en plus le cumul des contraintes bureaucratiques roumaines et européennes, l'économie a le temps de sombrer trois fois...


Bref, dans un contexte ou, si l'intervention de l'Etat est nécessaire, même si elle paraît beaucoup plus complexe qu'ailleurs, l'instabilité politique risque d'empêcher toute réaction rapide et cohérente, au risque d'effrayer encore plus les investisseurs, mais peut être aussi, comme le faisait tout récemment remarquer le gouverneur de la banque centrale roumaine, la population roumaine elle même, le futur proche semble incertain...


Tout ceci ne fera que renforcer l'attentisme, qui a aussi comme autre nom la déflation dans un pareil contexte mondial...


Il existe cependant quelques lueurs d'espoir, tout d'abord les financement Européens, par les fonds structurels, mais aussi les structure tels BERD, BEI, etc, et la perspective de forte augmentation des concours de ces banques.

La Roumanie ne s'est pas encore trouvée dans la situation de la Bulgarie qui, faite de maitriser sa corruption, s'est vue retirer définitivement plus de 220 millions d'Euro de fonds phare auparavant suspendus... La Roumanie doit être très attentive, même si en période de vaches maigres les tentations de détournement seront plus fortes que jamais... de plus les fonds européens s'obtiennent sur la base de projets crédibles, co-financés par le bénéficiaire... et également par les banques le temps que les fonds européens soient débloqués...


Ensuite les météorologues annoncent une très bonne année agricole en 2009...


Enfin, la consommation des ménage, en chute libre au niveau des bien durables, logements bien sur, mais aussi automobile, devrait se maintenir au moins sur les dépenses courantes, puisque la majorité des ménages prévoient de dépenser davantage cet année que l'année dernière pour les fêtes de fin d'année... C'est peut être juste reculer pour mieux sauter, si la crise s'aggrave entretemps... mais la préoccupation du surlendemain n'est pas toujours la priorité locale, demain suffit déjà amplement, à chaque jour suffit sa peine...


Petite conclusion :


Ce tableau, assez noir, n'a pas pour but d'aggraver le pessimisme déjà présent, mais de faire un point lucidement sur la situation et les risques présents aujourd'hui, à un moment charnière à plus d'un titre pour le pays. Le pire n'est jamais sûr, mais il est important d'y être préparé...


A l'inverse, comme le faisait très justement remarquer un des plus talentueux entrepreneurs roumains, Dinu Patriciu, la crise actuelle peut apporter des opportunités considérable à la Roumanie, avec l'arrivée de beaucoup d'entreprises qui, face aux difficultés, peuvent être tentées de se re-localiser dans le pays... ceci dès lors qu'un certain nombre de conditions seront toutefois remplies... beaucoup dépendra du prochain gouvernement, et notamment de sa capacité à consolider sur le moyen terme, donc passé le creux inévitable, une véritable production de biens et de services compétitives sur le marché international... Après le crise de 1997, la Russie a su se fermer pour réorganiser avec succès son économie (même si le poids de l'Etat y semble désormais devenir étouffant...)


L'atterrissage en cours est aussi, par comparaison, une bien moins mauvaise nouvelle pour « la Roumanie qui travaille » en produisant des richesses, laquelle certes va souffrir, mais beaucoup moins que la « Roumanie qui spécule », celle ci ayant énormément spéculé, et beaucoup vont périr par là ou ils ont péché... Ceci d'autant plus qu'en principe on ne peut vendre d'une seule fois un bien, terrain, construction, etc...


Si la psychologie est fondamentale en économie, il est clair que beaucoup de roumains ont rêvé et spéculé le développement plus qu'ils y ont réellement contribué... et le retour vers les fondamentaux en est d'autant plus brutal et inquiétant, car la perte des repères est totale... On voit aux Usa que la croissance qui se base surtout sur la dette est très fragile...

En tout état de cause, l'économie sous-terraine, traditionnellement très forte en Roumanie, pourra sans doute amortir un peu la chute, mais, contrairement à son habitude, elle aura du mal à faire mentir complètement les statistiques...


Avertissement : Ce texte a été écrit en quelques heures par un non spécialise, de parts son expérience de chef d'entreprise en Roumanie, sur la base de ses lectures économiques, et ses analyses personnelles. Il ne s'agit pas d'une étude approfondie, mais plus d'un balayage assez large, étant entendu que des informations importantes ont pu lui échapper, et que la subjectivité garde forcément une part importante.


Sources ; (versions en ligne de...)

Business magazin

Ziarul financiar

Financiarul

Saptamana financiara

The Economist

Le Monde

Par Curnau - Publié dans : Economie Roumanie - Communauté : Economie et société
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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 20:47

La crise financiaro-économique, longtemps sous estimée et minimisée dans le pays qui l'a vu naître, devait au départ passer au large de la Roumanie sans même l'effleurer, puis sans n'avoir guère d'effet, selon les déclaration confiantes de ses dirigeants.

Or loin d'être anodins, dans une économie mondialisée et une Roumanie intégrée aux flux économiques mondiaux, les effets sont chaque jour plus visibles.

Et pourtant, nous n'en sommes encore qu'aux prémisses. D'une part parce que la diffusion des difficultés au travers du monde sont progressives ; le Japon, qui se croyait un temps épargné, et entrepris de racheter des débris du système financier américain, se réveille avec un déficit commercial absolument inédit. Même le tigre chinois, au départ ironique sur les déboires du « professeur » américain multiplie les mesures de relances, et craint que sa croissance tombe au dessous des 8 % fatidiques...

D'autre part, peut être même surtout , parce que la crise financière se superpose à d'autres crises ou faiblesse de Roumanie dans un cocktail qui pourrait se révéler explosif, ou plutôt dépressif...


George Bush senior avait un temps employé face à son adversaire aux primaires américaines en 1979, l'expression de « Vaudou Economy » pour qualifier la doctrine Economique de celui dont il était peu près devenu le vice président... Et effectivement, l'expansionnisme budgétaire des années Reagan est connu, celui ci a d'ailleurs été un facteur déterminant pour parvenir au KO économique de l'URSS qui ne pouvais plus suivre la course aux armements... et on était déjà, dans la logique d'un pays qui se permettait, durablement de vivre au dessus de ses moyens ... mais pour en revenir à notre sujet dont nous ne nous sommes pas tant éloignés, la Roumanie peut apparaître sous bien des aspects comme l'autre pays du Vaudou Economique...


1 - Crise d'un modèle de développement économique.


La photo présente encore très bien ; une croissance impressionnante sur les années 2000, qui a cumulé en rythme annuel à la fin de second trimestre à 9,3 %, et 9,1 % à la fin du troisième, on se croirait assurément sur le continent asiatique.

Le chômage était descendu à moins de 4 % de la population active, c'est à dire en dessous du taux de chômage frictionnel (personnes en transition entre 2 emplois) considéré comme normal par les économistes, à environ 5 % de la population active. On peut certes discuter sur les chiffres, qui ne porteraient que sur les personnes indemnisées, sur le fait aussi que beaucoup de personnes envoyées encore jeunes à la retraite en Roumanie ne l'auraient jamais été dans n'importe quel autre pays, et enfin sur le fait que beaucoup de personnes au chômage ou tout simplement insatisfaites de leur sort, avaient tendance à partir travailler dans d'autres pays, cela touchait visiblement autour de 3 millions, et il était d'ailleurs jusqu'à tout récemment de plus en plus facile pour eux de partir...


Oui, mais voilà , la Roumanie a t-elle connue une période de fort développement... ou simplement de forte croissance... Sur la partie qualitative au sens fort du terme qu'implique le développement véritable, si suffit de jeter un œil au système éducatif, ou plus encore au système médical pour mesurer l'immensité du chemin qui reste à parcourir... Idem sur les infrastructures, tant routières que ferroviaires, essayez de traverser une fois le pays par un mode de transport terrestre et vous serez fixés... et épuisé... mais le ridicule tuant ici encore moins qu'ailleurs, un ministre ayant affirmé que la Roumanie n'a pas besoin d'autoroutes est toujours très présent dans la vie politique du pays, c'est l'actuel président (et ses collègues ont fait en sorte que les travaux avancement le moins vite possible)


Au niveau de la corruption par contre, il semble que les choses aillent plutôt mieux, mais la Roumanie n'arrive pas à se départir de sa très mauvaise habitude de changer en permanence les règles du jeu, y compris au niveau de toutes les normes affectant les entreprises..

Mais focalisons nous sur l'économie proprement dite du pays.


En Roumanie on invente pas, ou très peu. On copie en revanche beaucoup, souvent avec brio, parfois sans discernement. Il n'y a pas de honte, les Japonais par exemple l'ont fait admirablement à partir de la fin du 19eme siècle, et ont depuis longtemps dépassé leurs maitres dans certains secteurs des hautes technologies, et pas seulement. Depuis sa fondation la Roumanie a beaucoup assimilé d'autres pays Européens, souvent avec succès, et les résultats, notamment dans l'entre deux guerres, ont été très positifs.

Quand les communistes roumains ont voulu, à la fin des années 60, développer rapidement une industrie puissante, ils ont (eux...) organisé des appels d'offre internationaux, par exemple pour leur industrie de camions (contrat obtenu par Man) ou de voitures, remporté pour le 1er épisode par Renault, qui a été charge de mettre en place toute le production du modèle Renault 12 en Roumanie (modèle fabriqué sous licence de 1970 a 1977).

Le problème est que la création est venue d'ailleurs, qu'il n'y a jamais vraiment eu de démarche pour concevoir des modèles vraiment nouveaux et innovants, ni même pour au moins améliorer le modèle existant. Cela a débouché sur une « ossification » complète ; le modèle ayant plutôt tendance à se dégrader jusqu'à la privatisation de Dacia, a été fabriqué jusqu'en 2004, soit... 34 ans d'affilée...

Cet exemple peut être généralisé à de nombreuses branches industrielle, et même à l'économie en général...


Certes, le manque d'incitation à innover est typique du système communiste, faute de concurrence, mais cet exemple est révélateur de la tendance locale, encore aujourd'hui, à importer des modèles (y compris économiques, financiers...) de l'étranger, sans forcément prendre le recul nécessaire...


Et que voit on ? Que le modèle américain, au moins sur une partie de ses caractéristiques « saillantes » - et dangereuses - a la part belle...


Tout d'abord une désindustrialisation (pardon, on dit tertiarisation) très inquiétante... comment donc, au pays très industrialisé ou la doctrine officielle, proclamée par Ion Illiescu, était précisément « Nous ne vendons pas notre pays ! »...

Et c'est sans toute justement en partie a cause de ça, en fait...


Il a fallu très longtemps pour que les choses changent dans l'industrie Roumaine, déjà durement affectée par la politique autarcique de N. Ceaucescu qui a conduit a une diminution drastique des achats d'équipement performants au cours des années 80...


Dans les années 90, bien souvent, une politique du statut-quo a permis le maintient en place des anciennes directions, de valeur très inégales, et qui se sont concentrées sur leurs propres intérêt, et ont bénéficié de la rente que constituaient leurs positions. Certains ont racheté des sociétés, d'autres se sont servis, d'autres encore, voyant le vent tourner, voire l'aidant franchement à tourner, se sont surtout intéressé au potentiel immobilier ou matériel que constituaient des locaux industriels, souvent près des villes...


Le maintient assez prolongé de certaines protections, une très lente privatisation compensée autant que possible par des subventions publiques par nature limitées, l'absence d'une réelle culture managériale et environnementale, l'insuffisante prise en compte de la concurrence extérieure et de sa progression constante (progrès continu, technique, environnemental, commercial) a conduit vers la mort un grand nombre d'industries roumaines, dont en plus les sites de production étaient souvent sur dimensionnées dès le départ. (et hypertrophie du secteur chimique du à Elena Ceaucescu).


Bien sur le secteur privé s'est développé de son coté, au travers de plus petites entités, spécialement des des branches comme le textile, peu capitalistiques, mais aussi le meuble, et d'autres encore, mais le postulat de base pour la plupart des entrepreneurs locaux a été de se baser sur le très faible coût de la main d'œuvre, en négligeant trop souvent de faire un effort régulier pour augmenter la productivité et la qualité des productions...

Certes il y avait quelques pleurons, mais, indépendamment des prix souvent discutables auxquels ils ont été vendus (certains diront que c'était le prix de l'entrée dans l'OTAN et l'UE...) ils ont généralement été attribués à des groupes étrangers, parfois bien obscurs, contre des garantie d'investissement et de pérennité bien vagues et difficilement applicables (Cas de ARO par exemple...) et donc les centres de décision ont quitté le pays.


Avec l'ouverture progressive du pays dans les années 2000, impliquant la mobilité de la main d'œuvre, le niveau des salaires s'est mis à augmenter de plus en plus vite, et beaucoup de sociétés ont été mises en difficulté, d'autant que d'une manière générale beaucoup de patrons roumains avaient été habitués à une gestion à court terme en vertu de laquelle l'achat de 4*4 voire de villa de luxe avait priorité sur l'éventuel investissement, si il restait de l'argent, dans des équipements plus modernes pour la production.

Cela a aussi coïncide avec l'évidence de la formidable envolée de l'industrie chinoise, la flambée concomitante des matières premières, métaux, énergie (progressivement libéralisée), et l'industrie roumaine, pénalisée aussi par la difficulté de trouver de manière fiable des matières premières / composants de qualité auprès de sous traitant locaux, est tombé dans un déclin plus marqué que ne le montrent les chiffre. La politique monétaire de la banque centrale, visant une baisse accélérée de l'inflation grâce à une monnaie forte, (le leu est aujourd'hui plus fort face à l'Euro qu'il ne l'était il y a 4 ans...) a constitué une difficulté supplémentaire en favorisant les importations.


Dernier facteur aggravant sur le long terme, perdant son avantage prix et peinant, pour diverses raisons, à faire face aux exigences de respect des délais et de qualité exigés par les client étrangers et offerts par les sociétés d'autres pays, une bonne partie de l'appareil de production s'est progressivement désintéressé des marché d'export et s'est concentrés sur le marché national, ce dernier offrant encore de bien meilleures marges, et moins exigences sur la qualité, les délais (Du fait de ce qu'on appellera un « effet de résignation »). Ceci a été encore favorisé par l'explosion de la demande immobilière, qui a assuré un débouché facile, rémunérateur... mais cyclique, et aujourd'hui bloqué...


Certes, il y a des industries en Roumanie, il y en a même heureusement beaucoup, mais pour l'essentiel d'entre elles elles sont aux mains de grand groupes étrangers...

La Berd a joué un rôle très positif dans la mesure de ses moyens pour mettre en valeur quelques « pépites », et les fonds d'investissement SIF ont constitué une sorte d'embryon de capitalisme industriel roumain qui ne s'est hélas jamais développé, comme l'illustre d'ailleurs la part redevenue infime du marché boursier roumain par rapport à la taille de l' économie réelle.


Le textile a été une industrie « de passage » en Roumanie , ceux qui n'ont vendu que de la main d'œuvre et n'ont pas sur créer une vraie marque sont morts ou vont mourir... et de toute façon, à part quelques exception, comme par exemple Jolidion qui a eu l'intelligence de développer son propre réseau de vente y compris à l'étranger, il s'agit de sociétés de taille moyenne... mais ce n'est pas grave nous expliquera t-on, l'industrie automobile a pris le relai, hélas toujours sur un principe largement inspiré du lohn textile, à savoir basée sur une main d'œuvre peu chère... la récente grève chez Dacia aura sans doute de graves répercussions d'ici 2 ans, peut être plus d'ailleurs pour la façon dont elle a été conduite (la grève a trainé en longueur) que pour la hausse des salaires qu'elle a entraine...

Nokia s'est installé à Cluj... mais de même qu'il lui a fallu quelques mois pour décider de quitter l'Allemagne, qu'est ce qui l'empêche, d'ici quelques années, de partir à quelques centaines ou milliers de km plus à l'Est ? Les centres de décision sont ailleurs, et la Roumanie se résume à offrir de la main d'œuvre...


La Roumanie compte déjà deux fois moins de grandes entreprises que la moyennes des pays de l'Est, et ces groupes sont très majoritairement étrangers...

De fait, avant même d'entrer dans la crise qui s'amorce, j'avais l'habitude de demander à mes interlocuteurs roumains, dont certains pouvaient disposer d'un bon niveau économique, de me citer le nom d'un grand groupe industriel à capitaux majoritairement roumains... En général je n'obtiens pas de réponse...


Une dernière chose ; si la Roumanie a connu une forte croissance ces dernières années, il ne faut pas oublier que, notamment au niveau du gouvernement et des instances de direction du pays, le poids des importateurs a été prépondérant... ce qui est un facteur de plus expliquant que cette croissance ait été si déséquilibrée entre consommation et production.


Certains se moquent volontiers de la Hongrie, pays très endetté, et qui a encore beaucoup plus largement vendu ses sociétés aux groupes étrangers, mais la Hongrie dispose d'infrastructures très supérieures à celles de la Roumanie, et il me vient instantanément en tête le nom d'un grand groupe industriel hongrois, MOL...


Certes me répondra t-on, pour l'industrie ce n'est pas facile, mais la Roumanie est un pays à fort potentiel agricole... ce qui rend la situation actuelle de l'agriculture d'autant plus affligeante, pour ne pas dire rageante...


Sans entrer dans le détail, il suffit d'aller faire un tour dans les divers hypermarchés roumains, (jusqu'à présent pris d'assaut), ce secteur connaissant une très forte croissance suite à l'engouement des roumains pour ce mode de distribution. En regardant au rayon des fruits et légumes, on se rend compte que la grande majorité des fruits et légumes qui seraient cultivables ici sont en fait... importés...


Il est facile de jeter la pierre à la grande distribution, c'est vrai qu'il est sans doute plus facile de passer par ses « fournisseurs habituels », qui approvisionnent aussi les autres pays... plus pouvoir de négociation accru... mais la grande distribution n'a t-elle pas pourtant comme obsession, pour offrir des prix bas gages de parts de marché, de baisser ses coûts ?? Or le transport coûte très cher à notre époque...

Donc si ces produits sont importés, c'est sans doute qu'il n'y a pas d'autre solutions...

Parce que localement il n'existe sans doute pas assez de filières permettant un approvisionnement constant de produits de qualité, et répondant aux normes d'esthétique et de calibrage en vigueur... Pour trouver des produits locaux, (goûtus, mais à l'aspect moins flatteur) il vaut mieux faire les marchés, mais la encore on trouve beaucoup de produits importés...


C'est en partie lié au formidable morcellement de la propriété agricole qui a eu lieu en Roumanie après révolution, à cette distribution de petits lopins, qui a induit un quasi retour au moyen age dans les campagnes... si on ajoute la sous mécanisation, qui est sans doute liée, le peu de remplacement des arbres ou pieds en fin de vie (investissements trop importants... mais pourtant les autres pays y parviennent, eux,...), l'absence de vraie politique de remembrement au niveau étatique...


Comment expliquer que le vin roumain présente un rapport qualité prix très nettement plus faible que son homologue hongrois, qui est censé supporter des coûts de production supérieure ?

Pourquoi le porc roumain est il sensiblement plus cher que celui importé de Pologne ???


Parce que, au moins pour une grande partie, la filière agricole roumaine est restée, ou plutôt retombée (car elle exportait massivement au temps du communisme, au moyen d'une vraie organisation, mais aussi au prix de privations...) dans un morcellement et un manque d'organisation qui rend coûteux, compliqué et aléatoire de travailler avec elle, sans même prendre en compte la variabilité des récoltes d'une année sur l'autre.

Il existe par exemple des départements ou il n'existe plus un seul abattoir aux normes, passage non anticipé aux normes européennes oblige...


L'agriculture est davantage vue par les politiques sous le prisme social, on saupoudre les aides aux personnes, ce secteur souffre d'être trop émietté à tous les points de vue, il n'y a pas assez de vrais entrepreneur, et dans une activité qui consomme beaucoup de capitaux, pas assez possibilité de financement accessibles pour projets qui pourraient être viables, surtout intégrés dans une notion plus globale de filières.


Restent heureusement les services, panacée proclamée des économies post-industrielles, et notamment anglo-saxonnes...

Ceux ci ont effectivement connu un développement foudroyant, il faut dire que les régimes communistes n'étaient pas spécialement réputés en le matière, il y avait vraiment de la marge...

Il faut cependant regarder plus dans le détail ;


Le tourisme, grâce à un potentiel naturel important (mer, montagnes, lacs, monuments historiques...) semble constituer depuis longtemps, et hélas sans doute encore pour longtemps, un secteur d'avenir... mais concrètement il souffre encore du manque d'infrastructures, de professionnalisation et d'un rapport qualité prix qui le rend insuffisamment attractif aux touristes étranger, (la cap du million de touristes étrangers attirés par an a toutefois été passé) par exemple en comparaison des pays voisins que sont la Bulgarie ou la Hongrie.

L'équipement des stations de ski ou des stations de la mer noire est encore en retard, de même que la perception même de la notion de confort pour un touriste, et le plus gros potentiel réel, le tourisme vert ou thermal, est encore trop peu exploité, faute de mise en valeur suffisante...

Ce secteur a surtout bénéficié de la hausse du niveau de vie local, et offre en majorité ses services à une clientèle locale rendue encore partiellement captive du fait des infrastructures terrestres dépassées... ou de ses habitudes, même si la diversité des liaisons aériennes est, elle, en rapide progression...


Le principal moteur des services est plutôt le commerce, segment qui compte a lui seul près du tiers des 100 plus grosses sociétés roumaines...


Demandant souvent assez peu de capitaux et de connaissances théoriques si pratiqué à toute petite échelle, c'est sans doute le secteur qui a prospéré le plus tôt après la révolution roumaine, avec l'apparition des petites épiceries de quartier et de petits kiosques, ainsi que le phénomène souvent au mieux gris du bazar (vente a l'étalage de marchandises ramenées de Turquie ou d'ailleurs). Sont aussi apparu des « mini grossistes », et beaucoup d'importateurs, souvent exclusifs, lesquels, jouant de la rareté des produits, profitaient de leur position pour réaliser des marges très confortables. Cet empilement des marges favorisait la hausse des prix et la limitation du pouvoir d'achat.


A partir de la fin des année 90, et surtout au milieu des années 2000, se sont développées à la suite de Metro les enseignes de la grande distribution moderne généraliste mais aussi spécialisée, le plus souvent étrangères, du type de Carrefour, Selgros, Kaufland, Bila, Auchan, Cora, ... et également Praktiker, plus récemment Ikea, etc...

Ces enseignes dont la part de marché a cru de manière exponentielle en quelques années (au dépriment des micro structures de vente) ont été une source importante d'investissements, ensuite d'emploi, et aussi un facteur qui a aidé a limité la hausse des prix et à augmenter le pouvoir d'achat local... même si leur recherche permanente du meilleur rapport qualité prix allié à l'offre relativement étroite du système productif roumain a conduit à un recours massif à l'importation.

Elles ont au passage aussi beaucoup contribué aux difficultés de circulation dans les grandes villes roumaines... mais elle ont aussi beaucoup aidé à remplir les caisses de l'Etat, car contrairement à leurs concurrents de petite taille, elle, elles ne trichent pas, et donc la collecte des recettes de TVA a explosé...

Les prix affichés restent cependant sensiblement plus élevés qu'en Europe de l'Ouest, notamment (mais pas seulement) pour des raisons logistiques, et dépit de salaires encore assez bas, au moins sur le papier...


Un des leviers de la frénésie de consommation, avec la multiplication des tentations offertes par la grande distribution, a été le recours massif à diverses formes de crédit à la consommation, ce recours à l'emprunt étant lui même stimulé par la constatation d'une croissance objective de 25-30 % des revenus (augmentation des salaires et monnaie forte), et le sentiment diffus, profondément trompeur et dangereux, qu'une telle tendance allait se prolonger durablement...


Enfin, à ne pas oublier, les services liées aux nouvelles technologies, une des forces et fiertés légitimes de la Roumanie. Même si le pays avait développé des techniques intéressantes du temps du communisme, l'existant, devenu progressivement obsolète, n'a pas eu de suite après la révolution, et dans les années 2000 la jeune génération est passée directement aux langages les plus récents, et s'est distinguée au niveau international.


Le plus gros problème vient cependant du fait que dans ce domaine aussi y a eu assez peu de sociétés qui ont réussi à développer leurs propres produits, des logiciels, générateur de revenus réguliers, et d'une visibilité sur le marché, avec une marque connue des utilisateurs finaux.

Et parmi ces sociétés, une bonne partie (fabricants d'anti-virus, etc) ont été rachetées par des sociétés étrangères intéressées par les produits, et surtout par le savoir faire.


Les gros bataillons des sociétés restantes sont des sociétés dites de services, qui assurent en général la sous traitance de services informatique, notamment pour l'export. Elle emploient beaucoup de monde, mais leur position sur le marché est moins assurée, dans le sens ou la concurrence pour des prestations banalisées est beaucoup plus forte, internationale, et plus largement basées sur le facteur prix, avec le risque de remise en cause en cas de variations de prix, de monnaie, ou simplement arrivée d'un nouveau pays ou zone sur le segment en question.

Sur la partie services, on peut ajouter la partie call center et centres de services, qui se sont beaucoup développés.

Au niveau du service, la Roumanie bénéfice en effet encore d'un fort avantage grâce à son multi-linguisme (Anglais, mais surtout français, Allemande, Italien...). Pour le Français cela durera jusqu'à ce que certains pays d'Afrique ou du pacifique arrivent à proposer une offre fiable...


2 - Crise immobilière / mentalités


La crise de ce secteur mérite d'être développée et considérée comme une crise à part entière. L'adage « quand l'immobilier va, tout va » est aussi valable à rebours, comme on l'a vu aux USA.


En Roumanie, une situation spécifique a abouti à un emballement extraordinaire qui pourrait bien se transformer sous peu en déroute (presque) de la même ampleur...


La politique nataliste de Ceaucescu induisait une forte croissance de la population, même si la densité de population en Roumanie est très comparable à celle de France, c'est à dire très raisonnable dans une perspective européenne.


La mesure phare des années 90, encore une fois sous la marque Illiescu, a été de permettre à la plupart des ménage d'acheter à crédit le logement qu'il occupaient (généralement appartement dans un immeuble de béton) à un prix très bas, qui s'est finalement transformé en « cadeau » avéré, du fait de l'hyperinflation de la fin des années 90...


Avec ce système, en simplifiant, une génération entière s'est retrouvée propriétaire de son logement, contribuant à maintenir des prix de logements très bas, et décourageant au moins provisoirement la construction de nouveaux logements, (l'accès massif à la propriété tuait la demande, avec de plus des prix de logements très bas comme référence...). C'est sur les années 90 que, l'état ne construisant plus, et l'initiative privé prenant très peu le relai, est progressivement apparue une pénurie de logement, sans rattrapage visible... (départ du balancier)


Par ailleurs, la population est progressivement entrée en possession de divers terrains ; rétrocessions suite aux confiscations communistes d'après guerre, récompenses diverses, etc


Au cours des années 2000, on a vu se conjuguer progressivement plusieurs phénomènes, qui vont contribuer à un retour de balancier générant des excès inverses ;

Tout d'abord, la génération qui vivait chez ses parents a progressivement eu besoin de prendre son indépendance, donc nécessité de trouver des logements pas forcément disponibles sur le marché, la construction s'étant quasiment arrêtée dans les années 90.

Ensuite une bonne partie des roumains partis travailler à l'étranger, qui ont constitué des économies substantielles, sont entrés dans le schéma classique de « construction d'une maison au pays », maisons qui souvent restaient vides... mais leur construction occupait une bonne partie de la main d'œuvre du secteur.

Les étrangers se sont aussi rendu compte de la différence importante des prix entre leur pays (développé, et à forte densité) et la Roumanie, et ont commencé à acheter des terrains, notamment les italiens dans la région du Banat. La législation roumaine ne permet à ce jour aux étranger d'acheter directement des terrains, mais elle est facile à contourner, en créant une société ou en ayant recours à un prête nom...


Autre facteur très important ; il est ici difficilement admis par les gens de louer un logement, plus qu'ailleurs c'est considéré comme une perte financière inacceptable ; de fait, environ 90 % des ménages sont aujourd'hui propriétaires de leur logement, seulement 10 % étant loué, ce qui crée d'ailleurs une forte pression à la hausse des loyers, vu l'étroitesse du fond locatif.

Cela crée aussi une pression à la hausse du prix des logements ; une famille fera tout pour acheter un studio à un enfant parti étudier dans une grande ville, quel que soit le prix, l'idée étant qu'en devenant propriétaire et ne payant pas de loyers on est forcément gagnant ( donc est exclue d'entrée l'hypothèse d'une forte baisse des prix immobiliers, combiné au fort coût du crédit...)


A partir du milieu des années 2000, il n'était pas rare de trouver des logements vides dans les grandes villes, car « pourquoi s'embêter avec des locataires », dans un pays ou en plus le propriétaire doit payer les factures des réseaux que le locataire n'aurait pas payé, ceci alors que la hausse annuelle des prix de l'immobilier représentait un gain bien supérieur à ce que rapporterait un loyer.


Dans un pays ou la « débrouille » est proverbiale, et où les gens cherchent en permanence à « flairer » les bonnes affaires, avec un penchant très fort pour l'imitation quand apparaît quelque chose de nouveau, la ruée vers l'immobilier a pris une l'ampleur considérable.


Ceci d'autant plus qu'une grosse partie du développement se concentre sur les très grande ville, en gros une dizaine, et cela, ajouté à un excédent évident de population dans les zones rurales, fait que les transferts de population sont rapides et massifs. Le taux de fréquentation de l'enseignement supérieur explose (les facultés y voyant un bon moyen d'augmenter leurs revenus, et leur influence...) et la plupart des jeunes diplômés, y compris ceux qui viennent des petites villes, cherchent à se fixer dans la « grande ville » après leurs étude, surtout si ils ont formé un couple avec une autre personne, probablement venu d'autre part qu'eux ou originaires de la ville en question.


La demande existe donc,. Savoir si elle est solvable est déjà autre chose, mais les banques vont jouer un rôle fondamental en prêtant de plus en plus, sur des durées de plus en plus longues. Les crédits en devises étrangères, dont des taux beaucoup plus attractifs, et l'optimisme généralisé au vu d'une croissance robuste font le reste.


D'ailleurs, il existe mille et une astuces pour gonfler ses revenus officiels, la banque ne prenant de toute façon en compte que les revenus sur les trois derniers mois... même les banques ne sont pas forcément dupes des revenus des personnes, mais elles ont pris des garanties, et tant que les prix montent...


L'explosion des prix est aussi encouragée par celle des coûts ; la productivité n'a jamais été réputée dans les régimes communisme, et de plus en plus d'artisans de la construction partaient à l'étranger. Le pays ne possédant pas vraiment de système de formation professionnelle, des pénuries de main d'œuvre apparaissent dans le construction, et bien souvent on a recours à des personnes non qualifiées, qui se forment sur le tas, quand elles se forment. Résultat, également du fait du manque d'équipements, modernes, performants et fiables, dans certains cas le rapport de productivité entre un ouvrier en construction de Roumanie et son homologue occidental est de 1 à 7...

Stimulés par l'explosion internationale du coût des matières premières, les coûts des matériaux augmentaient encore plus vite, du fait aussi d'importateurs exclusifs, des coûts d'importation, ou au contraire les prix des produits locaux étaient maintenus par des cartels (Ciment,...) bien plus chers que dans le pays, du fait qu'il ne coûte pas moins cher de faire venir ces produits de l'extérieur du fait du surcoût de transport...


La perspective de l'entrée de la Roumanie dans l'EU e enflammé encore plus le marchés ; des groupe de promotion immobilière étranger se sont rués sur ce potentiel à très forte croissance et profitabilité, et la population s'était persuadée qu'une « harmonisation » des prix vis a vis de l'Europe de l'Ouest allait rapidement se faire (sans prendre en compte le fait que la richesse doit être crée par la production, qu'elle ne se décrète pas...). Sous le leitmotiv « nous entrons dans l'UE », les prix montaient, dépassant allègrement ceux de la Hongrie voisine, pourtant plus riche et mieux ancrée dans l'économie privée, mais personne ne s'en étonnait... tant qu'on avait pas dépassé trop visiblement les prix d'Europe de l'Ouest.


Et on en est arrivé à une véritable frénésie spéculative ; en creusant, on se rendait compte que la plupart des gens qui achetaient des terrains le faisaient à titre « d' investissement », non pour les utiliser ou faire construire pour eux, mais simplement en attendant une grosse plus value à la revente à quelqu'un qui aura lui assez d'argent pour construire... ou assez de revenus pour emprunter suffisamment, sans regarder à la dépense en faisant des comparaisons internationales...


Des terrains agricoles, pas très loin des villes étaient « parcellisés » au crayon à papier en « lotissements » sauvages, de vagues voies d'accès, beaucoup trop étroites, étaient vaguement prévues et laissées disponibles, et ces « parcelles » se vendaient comme des petits pains... personne parmi les particuliers crédules et enfiévrés ne savait que pour avoir une chance de pouvoir construire, tous les propriétaires devaient ensuite s'entendre pour faire un plan d'urbanisme, et personne ne le découvrait puisque de toute façon personne ne compte faire construire pour lui, mais juste s'enrichir très bientôt à la revente... Et il ne fallait pas compter sur les apprentis agents immobiliers (profession jusqu'à il y a peu très à la mode) pour les informer...

Faut il préciser que l'accès à ces zones se faisait souvent par un chemin de terre, impraticable par temps de pluie et non déneigé l'hiver, et que bien sur les réseaux publics n'étaient pas présents dans la zone, et vu que les communes roumaines manquent de moyens, si un jour ils doivent être prolongés jusque là, cela se fera au frais du premier qui s'installera, ou de plusieurs dans le cas, très improbable en Roumanie, ou ils parviendraient à se mettre d'accord...

 

Ceux qui n'achetaient pas pour spéculer achetaient, affolés par la hausse, en se disant ; maintenant c'est déjà très cher, mais si je n'achète pas très vite, je ne pourrai bientôt plus rien me permettre du tout...


Le capitalisme de boutiquier des années 90 était devenu un capitalisme d'immobilier... le loto ou la politique ne passionne pas autant les ménage que les dernières transactions d'appartement, de terrains, tout le monde en parle, s'y met, en rêve... c'était devenu une affaire nationale... on ne jouait pas en bouse, mais on connaissait les prix au m² des logements (murs inclus, charmante spécificité locale...)


On construit partout, dans tous les sens, et parfois n'importe comment... la cohérence des zones, des hauteurs, etc ne se mettent que difficilement en place, après beaucoup de scandales et de corruption... des nouveaux quartiers poussent en toute incohérences, dans certaines zones les mairies n'arrivent pas à faire déployer les réseaux...

Et justement cette difficulté à mettre en place les réseaux, en limitant le nombre des terrains à lotir, renforce la pression à la hausse sur le foncier vraiment « utile ».


Et la solidarité des familles, encore très forte en Roumanie, permettait d'acheter à des prix énormes, en cumulant un maximum de revenus...


En l'absence de baromètres fiables et objectif du marché et des prix, les agences immobilières, payées au pourcentage de la transaction, accentuent la hausse des marchés, en publiant et affichant des prix sans cesse plus élevé, et en rendant plus difficile de négocier les prix avec les propriétaires.


Avec le commerce, c'était un autre des principaux moteurs de l'économie... 2007, année de l'entrée dans l'UE, fut par définition euphorique... 2008 démarra encore plus fort... le seul élément qui inquiète depuis longtemps les personne connaissant un tant soit peu l'économie, le fait que les salaires / revenus de la population, qui, bien qu'en hausse sensible, soient totalement déconnectés de l'explosion des prix de l'immobilier, n'inquiétait personne, et surtout pas les « spécialistes » de l'immobilier. De toutes façon « les étrangers ne peuvent pas comprendre, le marché roumain est spécifique ». La « demande » existait, même si une bonne partie de la demande n'est pas liée aux besoins réels et immédiat pour se loger, et si une bonne partie de ceux qui auraient le besoin de se loger décemment (et s'entassaient, faute de mieux, nombreux, dans des appartements exigus) n'avaient pas de moyens pour devenir propriétaires.


Début 2008, le gouverneur de la banque centrale s'alarme (enfin) d'une telle flambée des prix, à caractère de bulle, et annonce la mise en place d'un indice plus objectif des prix du logement.


Mieux, la banque centrale, effrayée par la surconsommation qu'elle essayait régulièrement de freiner, impose aux banques un cadre beaucoup plus strict pour accorder les crédits immobiliers (revenu des emprunteurs calcules sur l'ensemble de l'année précédente, limitation du taux d'endettement...), les banques devant appliquer ces nouvelles règles au début du 4eme trimestre 2008, ce qui va pousser juste avant à une dernière envolée du crédit, certains ménages se précipitant pour saisir leur dernière chance d'emprunter.

Or ce durcissement des condition d'obtention des prêts a coïncide avec l'aggravation de la crise financière mondiale, bloquant totalement le marché de l'immobilier.


Sans crédit, en Roumanie encore moins qu'ailleurs on arrive à acheter un bien immobilier.

En plus, dans un pays ou on copie facilement, la chute des marchés immobiliers aux USA, Royaume Uni, Espagne (pays ou les Roumains ont beaucoup de liens), longtemps considérée comme étrangère, à fini par jeter le doute.


Les gens attendent de voir, aidés en cela par les banques... ce qui est le principal ingrédient de la déflation.

Or, dans un marché sans repères, qui est monté très vite, la chute peut être très brutale et profonde, surtout quand la peur s'installe, ce qui est le cas quand les gens ont perdu les repères qu'ils croyaient solides...


L'effet de richesse (la consommation est liée aussi à la valeur des biens durables qu'on possède, donc plus mon patrimoine prend de la valeur plus je peux me permettre de consommer...), qui a encouragé la consommation en période de hausse, peut fortement jouer en sens inverse, d'autant que les Roumains, réputés ces derniers années pour consommer plus qu'ils n'épargnaient, n'ont pas forcément beaucoup de réserves (ce qui est compréhensible quand on a manqué de tant de choses si longtemps), et que la montée du chômage est de nature à accentuer la prudence.


La consommation mettra de toute façon du temps à s'ajuster à la baisse des revenus, les habitudes sont difficiles à perdre... et qui aggravera ensuite la brutalité de l'ajustement.


Pour l'instant, le marché, relativement bloqué, arbore des prix affichés de plus en plus disparate, la notion de prix de marché ayant de toute façon toujours été quelque chose de très flou ici. Certains pensent encore que la crise sera courte, ils sont dans le domaine de l'incantation. Et effectivement, comme le dit l'adage boursier « tant qu'on a pas vendu, on a pas perdu »...

D'autres soulignent le très faible nombre des transaction pour mettre en doute la validité des premières baisses...


Un exemple très significatif est constitué par Gigi Becali, un latifundiaire populiste qui s'est enrichi considérablement dans la vente de terrain (achetés une misère juste après la révolution) et s'est lancé dans diverses affaires immobilières...

Il est surtout propriétaire du célèbre club de football Steaua, et accessoirement président politique d'un parti politique...

Avec la crise il s'est brutalement retrouve quasiment à court de liquidité... mais il se refuse à vendre, car les prix sont à la baisse...

Il a déjà du fermer le parti politique, et l'inquiétude domine sur l'avenir de l'équipe de football.


Ce manque de lucidité et de réalisme est très représentatif.


Beaucoup de propriétaires, tant qu'ils peuvent se le permettre, préfèrent différer des ventes plutôt que d'offrir des baisses de prix et réduire leur profit. Mais pour combien de temps... le juge de paix est le montant des remboursements... si un loyer couvre ces coûts, les propriétaires peuvent tenir indéfiniment...


Les plus mal en point sont les promoteurs immobiliers, qui souvent se sont lancés sans avoir beaucoup de fonds propres. Le principe était de vendre sur plans, moins cher, une partie des appartements, livrables sous un an ou 2, (ce qui finançait le coût des travaux) et de faire la marge (considérable) sur les derniers appartements vendus.


Mais avec la raréfaction des ventes, et l'arrivée des premières faillites, plus personne n'ose payer un appartement qui n'est pas termine... de peur que le promoteur fasse faillite avant la fin des travaux, et que l'immeuble soit saisi par ses créanciers... ce qui va provoquer la chute de la plupart des promoteurs (bien souvent des particuliers, qui construisent beaucoup, mais à leur nom pour éviter une grosse partie de la fiscalité...) ne possédant pas suffisamment de fonds propres.

Ceux qui se sont endettés sur la base de biens immobiliers au plus haut ont aussi du soucis à se faire.


Pour l'instant l'incrédulité domine encore, les vendeurs attendre d'être acculés pour bouger, certains insultant même les acheteurs potentiels qui osent essayer de négocier... mais quand la peur se sera définitivement installée, quand la ruée vers le cash typique de la déflation, va finalement réellement apparaître, probablement courant 2009, une chute libre du marché est très probable, allant probablement au delà de la purge qui était de toute façon devenue nécessaire.


Certains investisseurs étrangers proclament (c'est leur jeu) qu'ils attendent avant de racheter des biens avec une décote de 80 % face aux plus hauts... C'est probablement excessif, mais qui achète sur un marché à la hausse, sans crédit, quand il est probable que demain les prix soient plus bas qu'aujourd'hui...


Sur les nouveaux logements, on ne peut même pas parler de chute, c'est un effondrement complet. Du moment où les banques ont fermé le robinet du crédit, les architectes n'ont plus vu arriver le moindre nouveau projet. Des professions entières vont être sinistrées faute de réaction rapide et concrète, et on voit mal d'où elle pourrait venir (voir les points 3 et 4...)


Paradoxalement, avec en plus le retour d'une bonne partie des expatriés qui ont perdu leur emploi en Espagne et Italie, et la difficulté croissante à trouver un emploi à l'étranger, la demande potentielle devrait elle se maintenir... et l'arrêt brutal de tout nouveau projet de construction, voire le gel de projets non finalisé, dans une logique de stop un go... devrait induire un nouveau go immobilier d'ici 2 à 3 ans, avec une croissance de l'immobilier, certes plus raisonnée cette fois. Jusqu'à présent on a construit dans l'idée que tout se vendrait, ce qui était encore relativement vrai jusqu'à il y a peu, mais à l'avenir, il n'y aura de place que pour les bons projets, et il y en aura forcément...



Par Curnau - Publié dans : Economie Roumanie - Communauté : Economie et société
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